Elevage, territoires et paysages en France, avec Bruno, éleveur de Salers dans le Cantal

Il arrive que l’impact de l’élevage en France soit mis en cause. Bien souvent à tort. Bruno, éleveur de vaches Salers dans le Cantal, et également Président de la Fédération Nationale Bovine, nous explique que l’on sous-estime le rôle environnemental des vaches.

Les races bovines jouent un rôle écologique

La France compte 13 millions d’hectares de prairie, soit environ 20% de la surface de notre territoire. Souvent, ces terrains de prairie ne sont pas propices à autre choses que de l’élevage. Les céréales, par exemple, y poussent très mal. C‘est le cas du Cantal de Bruno, avec ses terres volcaniques, très accidentées. Aussi, l’élevage bovin donne-t-il de la valeur à ces parcelles difficilement exploitables, en transformant en viande les plus rustiques de nos prairies.

Les prairies dépolluent

L’élevage est une source d’émission de gaz réchauffants : en digérant l’herbe pâturée, les animaux émettent du méthane. On ne le sait pas forcément, mais ces émissions sont largement compensées par le stockage de CO2 rendu possible par la présence des prairies. En effet, les prairies dépolluent l’air en stockant une partie du CO2 contenu dans l’atmosphère. La partie émergée de l’herbe capte le CO2, qui ensuite se diffuse dans les sols par l’intermédiaire des racines. Cette activité dépolluante n’est donc possible que si l’herbe est présente. Or, c’est l’élevage qui permet le maintien des prairies.

Les races bovines favorisent la biodiversité

Les haies existent et sont entretenues car elles servent de barrières pour les parcelles et d’abris pour les troupeaux. Par exemple, les 60 hectares de l’exploitation de Bruno accueillent plus de 16 km de haies. Celles-ci sont une des premières sources de biodiversité. On y trouve une flore et une faune très riches, qui bénéficient de conditions idéales pour se développer. Ainsi, dans les zones où il y a beaucoup d’élevage, il y a une plus grande biodiversité. La présence de bovins permet aussi de contrôler la prolifération des forêts, qui, sans les troupeaux, pousseraient de façon anarchique.

Eau : des idées fausses à corriger

En termes de consommation d’eau par kilo de viande produit, certaines informations sont véritablement faussées. Pour Bruno, quand certains parlent de 15 000 litres d’eau nécessitées pour produire un kilo de viande, il faut savoir que 95% de l’eau comptabilisée concerne les eaux de pluie qui tombent sur la totalité de son exploitation. Il précise que des instituts sérieux évoquent plutôt de 50 à 70 litres d’eau par kilo. Par ailleurs, l’herbe est le premier filtre naturel qui dépollue les eaux de pluie, et joue donc sur leur qualité.

Un rôle économique important

Les races bovines jouent un rôle économique fort dans les régions où elles sont élevées, notamment dans les zones non cultivables. Dans le Cantal (250 000 vaches pour 140 000 habitants), l’élevage bovin est la 1ère activité économique. Il permet de préserver et créer des emplois et de lutter contre la désertification des campagnes. Sans oublier qu’en se nourrissant, les vaches entretiennent les prairies et les paysages que les touristes apprécient tant.

Le dialogue, une priorité

Pour Bruno, les éleveurs ont besoin de recréer le lien qui n’existe plus beaucoup avec les consommateurs qui sont souvent éloignés des campagnes. Ils doivent leur expliquer leur métier, leurs contraintes, et leurs exigences pour produire une viande de qualité respectueuse du bien-être animal et de l’environnement. Une viande, ce n’est pas qu’un morceau dans une assiette, mais le résultat de toute une chaîne d’excellence.  Les consommateurs doivent acquérir le réflexe de se demander « d’où vient ce que je mange, comme ce produit est-il arrivé dans mon assiette ? », et ne pas hésiter à venir rencontrer les éleveurs, les agriculteurs.